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Témoignages de Petites Soeurs


N’oubliez jamais que le pauvre, c’est Notre Seigneur (1)


Le 29 août 1879, sans bruit la fondatrice des Petites soeurs des Pauvres a rejoint Celui qu’elle avait « si grande envie de voir ». Sa mission terrestre est achevée. Deux mille quatre cents Petites Sœurs ont appris d’elle comment répondre à l’appel de Dieu dans le service des personnes âgées pauvres.

Quatre-vingt-six ans auparavant, Jeanne naît à Cancale, en pleine Révolution. Terre-neuvas comme la plupart des hommes de son pays, son père est à la grande pêche en ce 25 octobre 1792. Quatre ans plus tard, il disparaît en mer. Jeanne et ses trois frères et sœurs connaissent très tôt la pauvreté et le travail. Infirmière à l’hôpital du Rosais, employée de maison et garde malade à domicile … Jeanne Jugan ne veut que servir Dieu et les autres, les pauvres surtout, les plus faibles. Un jour d’hiver de 1839, elle ouvre son logis et son cœur à une vieille femme aveugle, à demi paralysée, réduite brusquement à la solitude. Jeanne lui donne son lit … Ce geste l’engage à tout jamais. Une seconde vieille femme suivra puis une troisième … En 1843, elles seront quarante avec, autour de Jeanne, trois jeunes compagnes. Ces dernières l’ont choisie comme supérieure de leur petite association qui s’achemine vers une vraie vie religieuse. Mais bientôt Jeanne Jugan sera destituée de cette charge, réduite à la simple activité de quêteuse. A l’injustice, Jeanne ne répond que par le silence, la douceur, l’abandon. Sa foi et son amour découvrent dans cette mesure le chemin de Dieu pour elle et pour sa famille religieuse. Jeanne Jugan est béatifiée le 3 octobre 1982 par le pape Jean-Paul II. Le 11 octobre 2009, cinq bienheureux, dont Jeanne Jugan, sont canonisés lors d'une messe présidée par le pape Benoît XVI place Saint-Pierre au Vatican.
(1) Ste Jeanne Jugan


« Pour faire une bonne petite sœur, il faut beaucoup aimer le bon Dieu, les pauvres, et s’oublier soi-même. »

Le Christ nous a choisies et réunies dans une même profession des conseils évangéliques pour vivre en communion fraternelle et témoigner au milieu du monde de son amour, révélé dans le mystère d’unité de la vie trinité. Le mot « soeur », qui fait suite à celui de « Servante » au moment où Jeanne Jugan et ses premières compagnes prononcent le voeu d’hospitalité, est chargé d’un sens profond. Il ne signifie pas seulement notre consécration à Dieu, mais l’exigence acceptée, aimée, d’être pour les Personnes Agées pauvres des « Soeurs ».
L’hospitalité consacrée est un témoignage au milieu du monde de la miséricorde du Père et de l’amour compatissant du Coeur de Jésus. L’objet de notre vœu est d’exercer les œuvres de miséricorde corporelle, en vue du salut des âmes et de ne rien épargner à cette fin. Pour pratiquer l’esprit de notre vœu, nous employons nos forces et dépensons nos vies au service des Vieillards. Sans épargner ni fatigues, ni peines, nous les servons tant de jours que de nuits, avec la même promptitude, avec amour que nous aurions à servir Jésus-Christ lui-même, car c’est lui en vérité que nous accueillons et assistons dans la personne des pauvres. (Constitutions)
« Qui vous accueille m’accueille. »
« En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »


Témoignage Petite soeur Mary Ann :


« J’étais une jeune fille comme tout le monde, j’aimais sortir avec mes amies, faire du shopping … J’accompagnais mes parents tous les dimanches à la messe sans pour autant avoir de ferveur. Cependant à plusieurs reprises j’ai ressenti la miséricorde de Dieu sur moi. Quand ma grande soeur est entrée postulante chez les petites sœurs des pauvres en Australie, je faisais du bénévolat dans une autre maison de petites sœurs en Malaisie sauf que je ne voulais rien savoir de la vie religieuse. Après le décès de mon père, j’ai passé un moment difficile à vivre et ma grande soeur a été pour moi la lumière de Dieu en me disant à la fin de sa lettre : « Goutez et voyez comme est bon le Seigneur ». Je me suis sentie appelée à être témoin de Sa Miséricorde dans la vocation de petite sœurs des pauvres, lorsque j’ai découvert le Christ dans la personne âgée que j’aidais au repas. C’est une grande grâce d’avoir été désignée, suite à l’appel de Monseigneur Herbreteau pour vivre « la miséricorde » à fond lors de ces JMJ. Je désire transmettre ma joie, mon bonheur, mon sourire, tout ce que j’ai reçu et reçois de l’amour de Dieu, à ses jeunes que j’accompagnerai. »
« Parle au monde entier de Ma grande et insondable Miséricorde, si tu veux Me faire plaisir. » Sainte Faustine (Journal de la Miséricorde Divine § 164)


« C’est une grande grâce que le bon Dieu vous fait de vous appeler à servir les pauvres. »

Notre vocation de Petite soeur des Pauvres ne peut être vécue sincèrement sans nous mettre dans un grand amour à l’école du Christ « doux et humble de coeur ». Dieu est charité. L’amour de Dieu pour l’homme a pour source l’amour éternel du Père et du Fils dans l’Esprit. Jésus nous révèle cet amour. Il nous apprend l’amour du prochain indissociable de l’amour de Dieu. Le Christ nous invite à aimer Dieu et à le suivre dans la voie de l’amour, lui qui nous a aimés et s’est livré pour nous.



« Ne rien refuser au bon Dieu … Il faut tout faire par amour »

Tout au long de ces longues années de solitude à la Tour, le regard de Jeanne sur les êtres et sur les choses ne cessa de se purifier et de s’approfondir. Il rejoignait peu à peu le regard miséricordieux de Dieu sur le monde. En remettant tout son être et son destin entre les mains divines, Jeanne se libérait de toute crispation sur elle-même et elle s’ouvrait à une communion toujours plus grande au monde proche et lointain. Le Royaume de Dieu sera toujours un Royaume caché en ce monde. Jeanne Jugan comme St François d’Assise, prennent place parmi ces hommes et ces femmes qui ne recherchent pas les premières places et ne se mettent pas en avant sur la scène du monde. Ces « adorateurs inconnus » se savent petits, fragiles et même pêcheurs. Mais ils sont ouverts, jusque dans leur détresse à une vision d’en haut ». Ils portent dans des « vases d’argile » un rayon de la Gloire.


Témoignage Sr Marie Céline de la Trinité :


J’ai fait l’expérience de la miséricorde de Dieu à différents moments de ma vie. Quand j’étais jeune, je ne comprenais pas ce que voulait dire « avoir la foi ». Collégienne, un camarade de classe me parlait régulièrement de Taizé avec enthousiasme. J’ai eu l’occasion, lycéenne, d’aller à Taizé en faisant des mains et des pieds pour que mes parents puissent me laisser partir. Je ne sais même pas comment et pourquoi j’ai réagi de cette manière … A Taizé, j’ai découvert ce Dieu d’Amour en vivant dans la paix, la joie et les chants. En découvrant cette unité parmi toutes ces diversités de nations, d’âges, de langue, j’ai compris ce verset : « Quand deux ou trois se rassemblent en mon nom, je suis au milieu d’eux ». Spécialement, j’ai fait l’expérience de sa miséricorde au cours de la prière du vendredi soir lorsque j’ai reçu le sacrement de réconciliation puis en posant mon front sur la croix de Jésus, c’est alors que j’ai entendu : « Va, ta foi t’a sauvée ! ». C’était ma première conversion qui m’a fait grandir dans la foi et Dieu à mis sur mon chemin un pasteur protestant qui m’apprit ce que vivre chrétiennement veut dire. Jeune fille, j’aimais la vie, danser, m’amuser et tisser de bonnes amitiés. Ma seconde conversion c’est lorsque j’étais étudiante. C’est au Carmel où j’étais hébergée et où je travaillais pendant mes études que j’ai senti le regard miséricordieux de Dieu sur moi. C’est à l’avertissement de la mère prieure : « Céline il est temps de vous sevrer ! » que j’ai senti l’appel à l’obéissance à la volonté de Dieu. Comme Abraham ou Joseph, j’ai obéi à cette voix et j’ai renoncé à pas mal de choses… Visiteuse de malade, j’ai découvert le visage du Christ dans une personne âgée et j’ai entendu : « J’ai soif ! », c’était la soif de Jésus sur la Croix … Je lui ai dit mon « fiat » dans la congrégation des petites soeurs des pauvres.


« Soyez petites, bien petites, bien humbles. »

C’était chez elle comme un refrain. Elle était convaincue, en effet, que pour être proche des plus humbles, des plus petits, il fallait se faire soi-même tout petit. C’est la vocation, le charisme des Petites soeurs des Pauvres. On n’est pas « petit » naturellement, au sens évangélique. On le devient. Cela demande du temps et beaucoup de renoncement. Un jour Jeanne eut ces paroles brulantes et magnifiques de simplicité : « Notre bonheur c’est d’être une petite soeur des Pauvres, rendre les pauvres heureux c’est tout ! ». Rendre les pauvres heureux ce n’est pas une chose facile. On peut loger, nourrir, vêtir, soigner les pauvres, sans pour autant les rendre heureux. La plupart des personnes âgées sont marquées par la vie. Elles portent un lourd fardeau : celui de leur corps et de leur infirmités mais aussi celui de leur âme, souvent blessées par des expériences douloureuses de séparations, de deuils, de solitude et parfois de rejet … La solitude des personnes âgées ! Sait-on vraiment ce que c’est ? « La grande douleur des pauvres, disait l’une d’elle, c’est que personne n’a besoin de notre amitié. » Et de cette solitude, certaines en meurent.
« Venez à moi, vous tous qui ployez sous le fardeau et je vous soulagerai » Ces paroles de Jésus exprimaient le regard miséricordieux de Dieu. Ce n’est pas un simple regard de compassion mais bien plutôt un regard de résurrection. Un regard qui redonne vie et grandeur. Un regard qui confère à chacun un nom. Bref, un regard d’amour. « Mes brebis, disait Jésus, je les connais chacune par leur nom. » Rendre les pauvres heureux, c’était pour Jeanne leur apporter cette qualité de regard et d’attention qui leur fait prendre conscience de leur dignité, de leur grandeur de fils ou de filles de Dieu.


« Priez… vous avez besoin de la grâce. »

La grandeur de l’être humain, sa vraie richesse, n’est pas dans ce qui se voit. Elle est dans ce qu’il porte dans son cœur. Voilà ce que nous dit le silence de Jeanne Jugan. Et il nous dit aussi qu’une personne vouée à l’oubli peut porter dans son cœur le monde entier. : Un monde réconcilié est déjà tout pénétrée d’une tendresse infinie. Et Dieu l’oublié, se tait. Son silence exprime sa vérité, sa vraie grandeur : « Mes pensées sont des pensées de paix et non de malheur … Ce sont des pensées d’avenir et d’espérance pour vous… Vous pouvez me chercher, je me laisse trouver » (Jr 29,11…14). Revenir à la source. Dieu est là. Il est la source, mon commencement. Il me parle dans cette part de moi-même qui plonge dans son éternelle Enfance. Je suis vraiment moi-même là où précisément, je suis plus que moi-même. Il y a en chacun de nous, sous un tas de pierraille, une source divine qui ne demande qu’à jaillir et à chanter.

« Venez à lui et n’ayez pas peur ! Venez pour lui dire du fond de votre cœur : « Jésus, en toi je me confie ! ». Laissez-vous toucher par sa miséricorde sans limite. » Pape François.

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